Slalom, film français et belge de Charlène Favier, sorti en 2020

 


Lyz, 15 ans vient d'intégrer une prestigieuse section ski-études du lycée de Bourg-Saint-Maurice. Fred est un ancien champion, qui a du arrêter sa carriere prématurément à la suite d'une blessure. Il est devenu entraineur, et décide de tout miser sur sa nouvelle recrue. Lyz, galvanisée par le soutien de Fred, s'investit à corps perdu et va de succès en succès. A 15 ans, on n'a aucune limite tant physique qu'émotionnelle. Lyz bascule sous l'emprise absolue de Fred, se coupant de sa famille et des autres jeunes.

Charlène Favier s’empare de son sujet à bras-le-corps, mais y met suffisamment de style et de complexité pour lui éviter l'écueil du film d'actualité sur les abus des entraineurs dans le sport.
Elle y parvient en plaçant le corps, justement, au cœur du film. « Il va falloir que tu t’affûtes », lance Fred, lorsqu’il l’examine pour la première fois. Il palpe la jeune fille en culotte, sans affect apparent, uniquement préoccupé de savoir si ces 50 kilos de chair et de muscles lui apporteront bientôt une victoire.

Main froide et dent dure, Fred aime la gagne, les podiums, les médailles. Et Lyz, adolescente délaissée , le père a déserté et la mère vient d’accepter un emploi à Marseille, aime satisfaire son entraîneur. Le glissement progressif qui la voit passer de bizut à chouchoute, Slalom le décrit de manière organique. Soumis à l’obsession de la performance, le corps de Lyz cesse de s’appartenir, même quand elle a ses règles : « C’est le genre de chose que j’ai besoin de savoir », assure Fred, prenant petit à petit toute la place dévolue aux adultes dans la vie de la jeune fille. Elle respire désormais au rythme des humeurs de l’homme, de ses accès de colère ou de joie, et de ses pulsions.

Jamais Charlène Favier ne lâche le point de vue de Lyz, qu’elle descende une piste, les scènes de ski sont remarquablement réalisées, ou qu’elle subisse un viol, sans résister, mais qui la laisse hébétée. Les séquences d’agression sidèrent par ce qu’elles captent du visage, du regard de la jeune fille trahie, qui semble soudain s’absenter à elle-même et ne revenir au présent que pour se découvrir souillée.

La réalisatrice ne s’en cache pas, le scénario est nourri de son expérience personnelle. Sa mise en scène, maîtrisée, s’appuie sur un tandem d’acteurs impeccables, à commencer par Noée Abita, la révélation d’Ava en 2017. Face à un Jérémie Renier soufflant le chaud et le froid, manipulateur charismatique mais aussi pathétique, prédateur insoupçonnable, la jeune actrice compose un personnage à la fois fragile et indestructible. Qui ne dit mot ne consent pas et Slalom le donne à ressentir avec force et intelligence.

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Distribution

  • Noée Abita : Lyz Lopez
  • Jérémie Renier : Fred
  • Marie Denarnaud : Lilou
  • Muriel Combeau : Catherine

Fiche technique

  • Réalisation et scénario : Charlène Favier
  • Scénario : Charlène Favier et Marie Talon
  • Photographie : Yann Maritaud
  • Montage : Maxime Pozzi-Garcia
  • Musique : LoW Entertainment
  • Société de production : Mille et une productions
  • Durée : 92 minutes
  • Dates de sortie : 29 août 2020 (Festival du film francophone d'Angoulême)
    • 19 mai 2021 (sortie nationale)
  • Label Festival de Cannes 2020

Charlène Favier est née en 1986

Au lycée, elle étudie le théâtre et l’histoire de l’art et s’investit au Parlement européen des jeunes dans la délégation des droits de l’homme, en France, en Lettonie puis en Belgique. Après le Baccalauréat, elle intègre à Londres l' école Jacques Lecoq, « School of physical theater » où elle travaille les bases du jeu et de la mise en scène.

Elle voyage entre l’Australie et la Nouvelle Zélande et réalise en autodidacte un premier documentaire, sélectionné au FIGRA (coup de pouce), un hymne aux marginaux qui rêvent de sauver le monde. En 2010, de retour en France, lauréate de la bourse Défis Jeune, elle crée, avec Didier Ballivet, la société Charlie bus production pour donner l’impulsion de départ à ses projets.

Elle se forme à la direction d'acteur et à la direction artistique à New York avec Lenore Dekoven, Mike Sperra et Susan Lynton grâce à Eurica media lab, puis à l’écriture et à la réalisation avec le G.R.E.C.

Elle écrit, réalise et produit une dizaine de films dont « Free fall » diffusé sur France 2, « Omessa » pré acheté par France 3 (25 prix et 80 sélection), « Lieu d’être une utopie d’habiter » diffusé sur France 3 et sélectionné au festival d’architecture d’Annecy . Elle dirige via la CineFabrique des ateliers d’improvisation et d’écriture avec des jeunes de quartiers prioritaires et développe plusieurs projets en tant que photographe et artiste plasticienne (exposition de l'installation vidéo LE SERPENTAIRE au centre d'art contemporain H2M à Bourg-en-Bresse du 8 mai au 28 juillet 2019 ).

En intégrant l’atelier scenario de la FEMIS puis en trouvant avec son producteur, Edouard Mauriat, l’accompagnement nécessaire, elle développe deux projets importants:
« Odol Gorri » un court-métrage tourné à l’automne 2017, Prix d'interpretation et prix de la meilleurs photographie au grand prix Kinoma (à la BNF en juin 2018) sélectionné au prix France télévision 2019, au prix Unifrance 2019 au festival de Cannes, prix d'interpretation au festival Européen de Lille pour Noée Abita, et sélectionné au César du meilleur court-métrage en 2020.
« Slalom », son premier long-métrage obtient l'aide à l'écriture de la région Rhône-Alpes, et l'avance sur recette du CNC . Tourné en 2019 à Val d'Isère, Tignes, aux Arcs et à Bourg-saint Maurice, son premier long-métrage est distribué par Jour de fête et est en selection officielle à Cannes 2020.