Le Rayon vert, un film français de Éric Rohmer, sorti en 1986

 

Delphine, qui cherche le grand amour, est soumise à une sorte d'itinéraire initiatique où elle doit choisir entre rester solitaire ou trahir ses convictions et ses espérances.
Au début juillet, les projets de vacances de Delphine s'effondrent. Elle ne sait plus où aller, ses amies sont déjà sur le point de partir avec leur petit copain. Le sien, Jean-Pierre, appartient presque au passé, et puis elle se sait trop difficile pour que le destin lui en trouve un nouveau sur le chemin des vacances.

Une amie l'invite en Normandie; mais Delphine n'y reste que trois jours, préférant demeurer dans cette solitude que rien ne semble devoir égayer, comme l'annoncent son horoscope et cette carte à jouer qu'elle ramasse au hasard de ses promenades. De retour à Paris, elle ne tient plus en place et décide de repartir.
De son ex-petit-ami, elle obtient les clés de son studio à La Plagne. A peine arrivée, Delphine revient à Paris mais repart aussitôt pour Biarritz et sa cohue estivale.
Le soir venu, elle entend quelques vacanciers, dont un professeur, évoquer, à propos du soleil couchant et de son dernier rayon, le roman de Jules Verne, "Le Rayon vert".
Elle se lie d'amitié avec une jeune Scandinave, Léna, pour qui la vie n'est qu'un jeu. Mais son comportement est par trop opposé au sien. Trouvant refuge dans son ennui quotidien, Delphine est à nouveau sur le chemin du retour.

Dans la gare de Biarritz, elle fait la connaissance de Vincent, un jeune ébéniste. A l'amitié qui les rapproche, succèdent bientôt des sentiments plus profonds. Mais Delphine préfère attendre la fin de l'après-midi et le soleil couchant, cet instant où, selon la légende, les sentiments de l'un pour l'autre deviennent des certitudes. Après avoir aperçu le rayon vert à St-Jean-de-Luz en compagnie de Vincent, Delphine pourrait enfin croire au bonheur.

Bien que d'un milieu modeste et très loin de "Maud" et du pari de Pascal, Delphine suit une sorte d'itinéraire spirituel initiatique. Chacune de ses rencontres ressemble à une épreuve qu'elle doit surmonter. Car, pour la sauver de la solitude, chacun la pousse à se trahir elle-même. Mais Delphine pressent vaguement qu'elle doit rester fidèle à ce qu'elle est : une romantique qui croit au grand amour. Et comme aurait dit Françoise Mallet-Joris, elle fait confiance "aux Signes et aux Prodiges".

Le thème du film est parfaitement classique:. Une jeune femme s'interroge et se tourmente sur ce que va être sa vie future. Un thème classique mais parfaitement bien maîtrisé ici, et de façon très originale. Rohmer rompt un peu avec ses habitudes de conversations intimes dans des lieux limités en faisant voyager son héroïne entre Paris, Cherbourg, Biarritz, La Plagne

Le Rayon vert, cinquième film de la série « Comédies et Proverbes », illustre les deux derniers vers de la première strophe de ce poème d'Arthur Rimbaud :

« Oisive jeunesse
À tout asservie;
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.
Ah! Que le temps vienne
Où les cœurs s' éprennent.
».

Ce film, tourné en 16 mm, reprend, d'un ton plus léger et dans un milieu plus modeste, le thème de Ma nuit chez Maud. Le titre est une allusion au tout dernier rayon du soleil, qui, selon la tradition, prendrait une teinte verte, par temps clair au bord de l'océan. En réalité, le rayon vert est un phénomène atmosphérique très rare, mais qui se manifeste aussi bien au coucher qu'au lever du Soleil et non pas comme on le lit habituellement uniquement après le coucher du soleil. Mais il faut dire que les conversations romantiques ont plus souvent lieu au coucher du soleil.

Le Rayon vert a bénéficié d'une expérience inédite puisque le film a été diffusé sur la chaîne de télévision Canal + , 3 jours avant de sortir en salles. Cette pratique est beaucoup plus courante de nos jours car elle permet de contourner l'interdiction de diffusion à la télévision avant 6 mois, puisque dans ce cas la diffusion a lieu avant toute projection publique.

Distribution

  • Marie Rivière : Delphine
  • Rosette : Françoise, la copine de Cherbourg,
  • Béatrice Romand : Béatrice
  • Carita : Léna, la Suédoise
  • Vincent Gauthier : Vincent, l'ébéniste

Fiche technique

  • Réalisation : Éric Rohmer
  • Scénario : Éric Rohmer
  • Musique : Jean-Louis Valéro
  • Production : Les Films du Losange
  • Directeur de la photographie : Sophie Maintigneux
  • Montage : María Luisa García
  • Durée : 98 minutes
  • Date de sortie : 31 août 1986 (Mostra de Venise); France : 3 septembre 1986

Récompenses:

  • 1986 : Festival de Venise ; Lion d'or et Prix FIPRESCI pour Éric Rohmer