Mignonnes, film français de Maïmouna Doucouré, sorti en 2020

 


Aminata, dite Amy, 11 ans, vit dans le nord de Paris avec sa mère, ses frères Ismaël 6 ans, et un deuxième d'un an. Dans cette famille originaire du Sénégal et de religion musulmane, elle assiste impuissante à la souffrance de sa maman, dont le mari polygame s'apprête à revenir du pays avec une seconde épouse. Elle s'ennuie en outre pendant les prières collectives et semble rejeter les valeurs religieuses et traditionnelles que sa tante cherche à lui transmettre.

Amy se lie d'amitié avec Angelica, qu'elle croise pour la première fois dans la laverie de son immeuble en train de danser. Fascinée par cet univers, elle se met à espionner Angelica et ses copines pour les regarder s'entraîner à danser sous un pont, près de la voie verte. Elle réussit progressivement à se faire accepter par Angelica puis les autres filles puis à intégrer le groupe de danse, dénommé « Mignonnes ». Les préadolescentes s'exercent pour un concours et n'hésitent pas à adopter des tenues légères à l'image de leurs concurrentes plus âgées, reproduisant également les chorégraphies plus ou moins suggestives de diverses vidéos de Twerk. Encouragée par le succès et la quête de la reconnaissance sur les réseaux sociaux, souffrant de sa propre situation familiale et communautaire, Amy joue la surenchère et propose d'incorporer à la chorégraphie des mouvements et postures encore plus érotiques voire quasi pornographiques.

Après une humiliation subie à l’école, qui donne lieu à la diffusion d'une vidéo montrant sa culotte et des moqueries diverses, elle est rejetée par ses amies. Elle finit par perdre pied et par poster une photo compromettante de son sexe en gros plan sur les réseaux sociaux, ce qui suscite un rejet encore plus grand de ses camarades. Par la ruse, elle réussit finalement à danser lors du concours final au parc de la Villette, où la gestuelle très suggestive de la chorégraphie contraste avec le jeune âge des danseuses, provoquant des réactions parmi le jury et le public. Amy éclate soudainement en sanglots avant la fin de la représentation et s'enfuit pour rejoindre sa mère.

À son retour, elle tombe sur sa tante qui la blâme par rapport à sa tenue et son attitude récente. La mère d'Amy intervient en lui ordonnant de laisser sa fille tranquille, puis la prend dans ses bras pour la rassurer. Amy implore sa mère de ne pas se rendre au mariage de son père prévu le même jour. Celle-ci lui répond qu'elle doit suivre son devoir d'épouse, mais qu'Amy n'est, pour sa part, pas obligée d'y aller. Seule dans l'appartement, Amy délaisse alors à la fois la robe traditionnelle qui était prévue pour elle pour ce mariage et sa tenue de danseuse sexy ; habillée en jean et t-shirt, les cheveux détachés, elle traverse la salle où les femmes dansent à l'occasion du mariage puis sort dans la rue pour jouer à la corde à sauter avec un groupe de filles "normales".

Le film raconte une éclosion, celle d’une préadolescente âgée de 11 ans, qui ne comprend pas toujours le monde qui l’entoure. Pourquoi son père n’est-il toujours pas rentré du Sénégal, pourquoi les femmes doivent-elles obéir à leurs maris comme on le répète à sa mère ? Mignonnes est un récit récit d’émancipation, avec ses rebondissements qui rappellent un peu le " Bande de filles" de Céline Sciamma (2014).

La précision du regard de Maïmouna Doucouré l’emporte sur les petits défauts du scénario, la caméra capte avec légèreté des signes vus à hauteur d’enfant, comme cette scéne ou Amy est réfugiée sous un lit, ou celle filmée dans le tambour d'une grosse machine à laver collective. L’agilité du récit permet de comprendre en un plan l’arrivée prochaine du père avec sa seconde épouse.

L’actrice Maïmouna Gueye est bouleversante de sobriété, dans le rôle d’une mère acceptant son sort tout en laissant implicitement sa fille explorer sa liberté. Sans doute qu’elle lui fait confiance, par-dessus tout. Surtout, la cinéaste se garde habilement de porter un jugement sur la sexualisation très explicite des chorégraphies. Lors du concours de danse en plein air où les Mignonnes se produisent, explosives, la caméra se contente de filmer les visages des spectateurs et du jury, où se lisent une multitude de réactions.

Distribution

  • Fathia Youssouf : Aminata, dite Amy
  • Médina El Aidi-Azouni : Angelica
  • Esther Gohourou : Coumba
  • Ilanah Cami-Goursolas : Jess
  • Myriam Hamma : Yasmine
  • Demba Diaw : Ismael, le frère d'Amy
  • Maïmouna Gueye : Mariam, la mère d'Amy
  • Mbissine Thérèse Diop : la tante d'Amy

Fiche technique

  • Réalisation : Maïmouna Doucouré
  • Scénario : Maïmouna Doucouré, Alice Winocour, Valentine Milville, Nathalie Saugeon
  • Musique : Niko Noki
  • Montage : Stéphane Mazalaigue, Mathilde Van de Moortel
  • Photographie : Yann Maritaud
  • Production : Zangro
  • Sociétés de production : Bien ou Bien Productions, France 3 Cinéma
  • Durée : 95 minutes
  • Dates de sortie : 23 janvier 2020 (festival de Sundance)
    • France : 19 août 2020

Maïmouna Doucouré, née en 1985 à Paris, est une scénariste et réalisatrice franco-sénégalaise.

Sa mère commerçante et son père éboueur sont venus tous deux du Sénégal, ils s'installent dans le 19e arrondissement de Paris. Après un bac S, elle obtient une licence en biologie de l’université Paris 6. En parallèle à ses études, elle suit des cours de théâtre au sein du laboratoire de l'actrice Hélène Zidi.

Son premier court-métrage auto-produit Cache-cache sorti en 2013, et réalisé dans le cadre d'un concours de scénario initié par l'union sociale pour l'habitat, reçoit le 3e Prix de HLM sur Cour(t) et le coup de cœur du jury du festival Génération Court d’Aubervilliers.

Son deuxième film, Maman(s), a été présenté dans plus de 200 festivals et a remporté près de 60 prix internationaux dont le prix du meilleur court-métrage international au Festival de Sundance, le grand prix au Festival de Toronto ou le grand prix CinéBanlieue, qui a été remis à Maïmouna Doucouré par la Ministre de la Culture, Fleur Pellerin. Il est récompensé du César 2017 du Meilleur court métrage. Avec ce film, elle a participé au dispositif Talents en courts, partenariat entre Jamel Debbouze et le CNC. Il évoque l'histoire douloureuse d'Aïda, une enfant confrontée à la polygamie dans sa famille. Face au désarroi de sa mère la fillette décide de se débarrasser de la nouvelle femme de son père. Maimouna Doucouré s'est inspirée de sa vie pour raconter cette histoire.

En janvier 2017, de nouveau à Sundance, elle reçoit le Global Filmmaking Award pour son projet de long métrage Mignonnes. Lors de l'événement, la réalisatrice représente la France parmi les quatre réalisateurs choisis dans le monde entier et elle est parrainée par la réalisatrice afro-américaine Ava DuVernay. Forte de ce soutien, elle réalise le long métrage Mignonnes, qui sort sur les écrans en août 2020.