Madame Hyde, film de Serge Bozon, sorti en 2017

 


Madame Géquil enseigne la physique dans un lycée professionnel. Petite bonne femme inhibée, maladroite et transparente, elle est en échec depuis le début de sa carrière car elle ne parvient pas à transmettre son savoir. Comme étrangère à sa propre vie, elle n’est ni dans la souffrance, ni dans la plainte, mais continue simplement sur sa lancée, sans remettre en question sa pédagogie et son rapport à autrui inadaptés. Ses élèves chahutent en classe et la méprisent, de même que ses collègues, le proviseur et l’Inspecteur de l’Education Nationale. Seul son mari Pierre, homme au foyer, lui apporte quelques ondes positives dans sa vie.

Malik est un élève handicapé chez qui Madame Géquil a décelé une intelligence en sommeil. Effronté, insolent, il n’est hélas pas le dernier à se comporter mal en classe.
Après avoir été frappée par la foudre, la personnalité de Madame Géquil se transforme radicalement.

Le film bascule alors brillamment dans le bizarre, le fantastique, le comique, entre une parodie de science-fiction et une réflexion sur l' éducation. Et c’est ce qui fait incontestablement le charme et la force du film. Car Serge Bozon s’est amusé avec sa coscénariste Axelle Ropert à éviter très adroitement, les piéges des films de genre. Ils ont repoussé, jusqu’à l’absurde, les limites de la normalité d’un film grâce à des contrastes extrêmes pour mieux faire ressortir le comique et le décalage des situations. Il inverse de façon jubilatoire tous les clichés des représentations des professeurs, des élèves de banlieue, des hommes et des femmes, de la famille, du handicap.

La structure tripartite que prend le récit de Madame Hyde (1. Mme Géquil / 2. Malik / 3. Madame Hyde) semble paradoxale eu égard à l’anarchie, savamment organisée, que le film met en place, en reprenant, en apparence, les conventions du sacro-saint exercice des études de Lettres que constitue en France la dissertation en trois parties. Serge Bozon donne l’impression d’annoncer un parcours très galvanisant, lieu commun du film français « de classe de banlieue ». Première partie : l’élément de l’autorité (la prof de physique) dont le pouvoir et la parole sont menacés face au groupe (les élèves). Deuxième partie : la confrontation directe avec un élément étranger (à la fois à soi-même et au groupe auquel il paraissait inclus : l’élève handicapé, lourdaud mais pas bête) ; antithétique, qui appelle une synthèse pour dépasser les antagonismes en présence . Troisième partie : la force autoritaire intégrant son négatif, le vilain petit canard, à son propre mouvement vers une totalité sans faille.

Mais cette structure rigide se trouve bien rapidement pervertie, et la synthèse sur laquelle elle débouche n’a rien du dépassement œcuménique auquel nous ont habitués les classiques « films de banlieue » à la française. Serge Bozon laisse ses deux personnages principaux, au départ incompatibles, puis rapprochés, seuls face à leur destin individuel.

Le film inverse de façon jubilatoire tous les clichés des représentations des professeurss, des élèves de banlieue, des hommes et des femmes, de la famille, du handicap. Ainsi Serge Bozon , qui avait déjà fait tourner isabelle Huppert dans Tip Top, lui permet en interprétant le rôle de Madame Géquil, d’explorer une facette qu’on a rarement eu l’occasion de voir à l’écran : la faiblesse. De même les choix des acteurs pour interpréter ses rôles masculins, vont à l’encontre de l’image que les excellents Romain Duris (le proviseur calme) et José Garcia (l'homme au foyer) renvoient généralement.

Distribution

  • Isabelle Huppert : Marie Géquil
  • Romain Duris : le proviseur
  • José Garcia : Pierre Géquil
  • Patricia Barzyk : la voisine
  • Guillaume Verdier : le stagiaire
  • Pierre Léon : l'inspecteur
  • Karole Rocher : la collègue
  • François Négret : le nouveau prof

Fiche technique

  • Réalisation : Serge Bozon
  • Scénario : Serge Bozon et Axelle Ropert, d’après de l'œuvre de Robert Louis Stevenson
  • Photographie : Céline Bozon
  • Musique : Benjamin Esdraffo
  • Producteur : Philippe Martin
  • Sociétés de production : Les Films Pelléas et Arte
  • Durée : 95 minutes
  • Dates de sortie : 6 août 2017 (Festival international du film de Locarno)
    • France : 28 mars 2018