Eva en août (La Virgen de agosto) ,
film espagnol de Jonas Trueba , sorti en 2019

 

Eva, 33 ans, décide de rester à Madrid pour le mois d’août, tandis que ses amis sont partis en vacances. Les jours s’écoulent dans une torpeur madrilène festive et joyeuse et sont autant d’opportunités de rencontres pour la jeune femme. On découvre Eva visitant l’appartement que lui prête un ami, un auteur âgé de la cinquantaine absorbé par l’écriture d’un article, où il est question de cinéma et de personnages féminins forts, comme Barbara Stanwyck et Katharine Hepburn

Eva est une ancienne comédienne, on la devine en transit, venant de quitter un ancien domicile. Elle laisse faire le hasard et le destin la mène au musée archéologique de la capitale, où elle tombe sur un ami perdu de vue, passe la journée avec lui, à boire et à discuter au milieu des fêtards. Puis croise le visage d’une performeuse de rue, Olka , qui deviendra vite une amie.

Le film se déploie tel un jeu de pistes : chaque jour qui passe, la bande d’amis s’élargit, le puzzle se construit. Un soir bien arrosé, deux gars l'abordent dans un concert en plein air. Eva flaire le plan un peu lourd et ne se prive pas de le dire, avec un mélange rare d’humour et de sérieux, moment d’anthologie de déconstruction de la drague. Joe n’est finalement pas le mufle qu’elle croyait et ils deviennent copains.

La trame documentaire des croyances et des fêtes de quartier permet d’étoffer le personnage. A force d’arpenter les rues, Eva pourrait bien être une madone portant l’histoire de Madrid, voire une réincarnation de la vierge de Paloma, qui confère le titre espagnol du film, La Virgen de agosto. La ville lui appartient, quelle que soit l’heure, ce qui lui donnera le courage, une nuit, alors qu’elle traverse le viaduc de Ségovie, d’accoster un inconnu : Agos , une moitié de prénom, dont elle va chercher à assembler les morceaux

Digne descendante du Rayon vert de Rohmer, cette quête plonge le spectateur avec délice dans l'état de vacance de l'héroïne et dans la torpeur de l'été madrilène où chaque rencontre arrive comme un morceau de l'énigme.

Un charme puissant se dégage de chaque plan, la mise en scène prend le temps de regarder la lumière qui entre dans une pièce et tombe sur un visage, puis ose des dialogues où le trivial laisse surgir les questionnements existentiels. Car ce film a l'art d'être grave tout en étant léger, avec un humour joyeux qui le parcourt de bout en bout et qui rend chaque échange jubilatoire. Promenant sa solitude dans les rues livrées à la canicule, Eva renvoie ses interrogations à celles et ceux qu'elle croise, comme à autant de miroirs purs et ouverts, offerts dans leur propre fragilité et incertitude.

L'attention délicate aux détails donne accès aux émotions qui traversent Eva, son malaise au début, sa façon de se sentir toujours un peu à côté, puis son ouverture progressive. La collaboration de l'actrice principale au scénario donne une justesse au personnage et à son incarnation, mais cette justesse s'applique à tous les interprètes. La bienveillance de tous envers chacun, l'absence de méchant dans l'histoire ou même d'être un peu retors, baignent le film dans une douceur et une candeur toujours surprenantes.

Distribution

  • Itsaso Arana : Eva
  • Vito Sanz : Agos
  • Isabelle Stoffel : Olka
  • Joe Manjón : Joe
  • María Herrador : María
  • Luis Alberto Heras : Luis
  • Mikele Urroz : Sofía

Fiche technique

  • Titre original : La Virgen de agosto
  • Réalisateur : Jonás Trueba
  • Scénario : Itsaso Arana et Jonás Trueba
  • Photographie : Santiago Racaj
  • Montage : Marta Velasco
  • Durée : 125 minutes
  • Dates de sortie : 15 août 2019
    • France : 5 août 2020