Deux de Filippo Meneghetti

Deux, film français ( aussi belge, luxembourgeois) de Filippo Meneghetti, sorti en 2019

 


Une femme âgée caresse rêveusement les rides de son cou devant le miroir de la salle de bains. Une autre, assise dans la pénombre de la chambre, la rejoint et leurs baisers deviennent de plus en plus charnels. L'amour de Mado et Nina rayonne d'évidence, il semble durer depuis longtemps, mais, aux yeux de tous, et surtout des enfants de Madeleine, Nina n'est qu'une simple voisine, qui habite sur le même palier. Quand Madeleine, déchirée par cette double vie, est frappée par un AVC, Nina use des subterfuges les plus fous pour ne pas la perdre.

Cette histoire de passion secrète bénéficie d'une mise en scène pudiquement éloquente, glissant d'un appartement banal à l'autre, entre ombres et lumières d'une double vie. Le réalisateur franco-italien , dont c'est le premier long métrage, parvient à exprimer toute la souffrance, les entraves, mais aussi la complicité gamine de cet attachement indéfectible entre deux femmes qui ont l'âge d'être grand-mères mais une éternelle jeunesse dans le regard quand elles dansent, pieds nus, sur un hit de la chanson italienne. Martine Chevallier, de la Comédie-Française, douce comme une enfant prise en faute, et Barbara Sukowa, mue par une énergie de lionne, sont exceptionnelles : elles donnent au moindre geste quotidien, au moindre tressaillement autant de précision que de vibration. Le jeune cinéaste filme leurs corps mûrs, leurs cheveux encore blonds ou déjà neigeux mêlés sur l'oreiller, avec la tendresse exacte que ces deux amantes éprouvent l'une pour l'autre. Réussir à rester « deux » coûte que coûte : le suspense grandit, comme dans un thriller, faisant du coming out une nécessité vitale.

Filippo Meneghetti déclare « Je voulais travailler avec des actrices qui soient à l’aise avec leur âge. » L’intention fondamentale de Filippo Meneghetti pour son premier film fait écho aux revendications dans l’air du temps pour une salutaire mixité au cinéma : plus de femmes derrière la caméra, davantage d’actrices au premier plan, portées par le regard d’une nouvelle génération de cinéastes.

Sans pathos ni lourdeur, le réalisateur parvient à créer une tension haletante via un jeu de portes, d’objets et de miroirs, dans lequel Barbara Sukowa s’engouffre aisément. Incarnant l’angoisse absolue d’un amour brutalement contrarié, cette dernière fait une chute vertigineuse, perdant ses droits, son statut et tout contrôle. Face à elle, Martine Chevallier puise dans le réel les ressorts d’un changement de personnalité cruel, effrayant, authentique. Les seconds rôles entourant les deux comédiennes sont au diapason de ce spectacle inspiré : Léa Drucker, en tête, complète le puzzle de cet amour caché, traqué par le regard des autres , leitmotiv palpitant du film. L’aide à domicile prise en étau, Muriel Benazeraf, parachève la montée graduelle de diverses émotions. On pense bien sûr au réalisme aigu de Michael Haneke (Amour, 2012), une pointe de la tension millimétrée.

Distribution

  • Barbara Sukowa : Nina
  • Martine Chevallier : Madeleine
  • Léa Drucker : Anne
  • Muriel Bénazéraf : Muriel
  • Jérôme Varanfrain : Frédéric
  • Daniel Trubert : André

Fiche technique

  • Réalisation : Filippo Meneghetti
  • Scénario : Filippo Meneghetti, Malysone Bovorasmy
  • Photographie : Aurélien Marra
  • Montage : Ronan Tronchot
  • Musique : Michele Menini
  • Producteur : Laurent Baujart et Pierre-Emmanuel Fleurantin
  • Société de production : Paprika Films
  • Durée : 95 minutes
  • Dates de sortie : 7 septembre 2019 (Toronto 2019)
    • France : 12 février2020

Filippo Meneghetti est né en 1980 à Padova en Italie; ilfait ses premières expériences en travaillant dans le circuit du cinéma indépendant à New York.

Après des études de cinéma puis d’anthropologie à Rome, il travaille comme premier assistant pendant plusieurs années.

Il passe ensuite à la réalisation avec les court-métrages Undici (en coréalisation avec Piero Tomaselli, 2011) et L’intruso (2012) qui est sélectionné et récompensé dans des dizaines des festivals italiens et internationaux (dont le Prix du public au Festival Premiers Plans d’Angers en 2013).

Il s’installe en France et en 2018, il réalise le court métrage La Bête, qui, après avoir été en compétition à South by Southwest en 2019, a obtenu plusieurs prix dans les festivals internationaux.

Deux est son premier long métrage.Le film est nommé aux Césars 2021. Il est pré-sélectionné dans la catégorie Oscar du meilleur Film étranger pour les Oscar 2021. Le film a en effet été choisi pour représenter la France .