Les Chatouilles , film français de Andréa Bescond, sorti en 2018

 


Le film est une adaptation et prolongation à l’écran de son spectacle autobiographique, Les Chatouilles (ou la danse de la colère), pour lequel elle a reçu le molière du Seul(e)-en-scène en 2016. Le film réduit et universalise à la fois sa propre histoire, et, surtout, s’autorise la fantaisie comme lumineuse arme de résilience.

Ensuite la petite Odette, devenue jeune trentenaire, dans le bureau d’une psy. Pour la première fois, elle rompt la loi du silence et de la honte, elle a été violée, régulièrement, dans son enfance, par le meilleur ami de ses parents, ce type si sympa qui venait le dimanche. Comment hurler que cet homme admiré par son père et sa mère, parce qu’il a bien réussi dans la vie, est un malade, une ordure, qui s’enferme avec elle dans la salle de bains et la culpabilise quand elle essaye de murmurer « non ».

A 24 ans, apprenant que son agresseur est devenu grand-père, Andréa sort de son état de sidération et se décide à porter plainte pour éviter qu’il ne récidive avec ses propres petites-filles. Contrairement à ce que le film raconte, elle n’a pas encore, à ce moment-là, consulté de psy. Le saut vers la vérité est violent : « Je n’étais pas prête. Mais j’ai eu une chance folle avec les institutions judiciaires. Personne n’a minimisé. Magistrats et policiers ont enquêté et trouvé d’autres victimes. » Au procès, son témoignage est froid et clinique. Le procureur, heureusement, a conscience de l’importance de l’estime de soi : « Il a parlé de moi comme d’une héroïne : Regardez ce qu’est devenue cette jeune femme en dépit de tout.”

Le couple de réalisateurs prend toutes les libertés, déconstruction et pas de côté, pour installer une distance avec le sujet. Les lieux et les époques s’emboîtent, les souvenirs passent par les portes du cabinet de la psy ou de la chambre d’Odette comme à travers les cloisons amovibles d’une maison de poupée. L’enfance garde son mot à dire, même si la réalisatrice-danseuse-actrice est devenue, adulte, l’énergie et la rage incarnées.

Distribution

  • Andréa Bescond : Odette Le Nadant, adulte
  • Cyrille Mairesse : Odette, enfant
  • Karin Viard : Mado Le Nadant, la mère d'Odette
  • Clovis Cornillac : Fabrice Le Nadant, le père d'Odette
  • Pierre Deladonchamps : Gilbert Miguié, l'ami de la famille, pédophile
  • Grégory Montel : Lenny, le compagnon d'Odette
  • Carole Franck : la psychologue
  • Gringe : Manu, le meilleur ami d'Odette
  • Ariane Ascaride : Mme Maloc, la professeure de danse
  • Éric Métayer : le professeur du conservatoire / la voix de Rudolf Noureev

Fiche technique

  • Réalisation et scénario : Andréa Bescond et Éric Métayer, d’après leur pièce Les Chatouilles ou la Danse de la colère
  • Production : François Kraus et Denis Pineau-Valencienne
  • Photographie : Pierre Aïm
  • Montage : Valérie Deseine
  • Musique : Clément Ducol
  • Sociétés de production : Les Films du kiosque ; France 2 Cinéma et Orange studio
  • Durée : 103 minutes
  • Dates de sortie : 14 mai 2018 (Festival de Cannes) ; 14 novembre 2018 (France sortie nationale)
  • César 2019 : meilleure adaptation pour Andréa Bescond et Éric Métayer ; meilleure actrice dans un second rôle pour Karin Viard

Andréa Bescond, née le 12 juin 1979 à Ploemeur, danseuse, comédienne, metteure en scène, scénariste, réalisatrice et auteure française.

Andréa Bescond danse depuis l’âge de 3 ans. En 1992, son professeur de danse loisir l'inscrit à l'école internationale de danse de Rosella Hightower à Cannes. Elle se rend ensuite au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Elle remporte le prix espoir du Concours international de Paris en 1998 et entame alors une carrière extrêmement diversifiée : danse moderne, danse africaine, hip hop, krump. À 19 ans, elle rejoint le Junior Ballet de Paris.

Sa polyvalence lui permet de travailler avec les chorégraphes Bill T Jones, Blanca Li, Corinne Lanselle, Georges Momboye ainsi que dans de nombreuses comédies musicales dont Bagdad Café, Les Dix Commandements ou encore Roméo et Juliette, de la haine à l'amour.

Andréa Bescond participe à des projets très différents les uns des autres comme ceux de la compagnie « Les Gens de », les courts métrages de Tommy Pascal, ou encore la comédie musicale Les Aventures de Rabbi Jacob (où elle rencontre Éric Métayer en 2008).

Elle fait ses premiers pas au théâtre en 2009 dans Les 39 Marches, mis en scène par Éric Métayer, ce qui lui vaut la nomination « révélation féminine » aux Molières 2010. La pièce obtient cette même année le molière du meilleur spectacle comique.

Après une période, entre 2010 et 2012, où elle a deux enfants, issus de son union avec Éric Métayer, elle fait son retour sur les planches en 2013 dans Train Fantôme, dans une mise en scène d’Éric Métayer.

En 2014, Andréa Bescond joue dans Les Grands Moyens, pièce mise en scène par Arthur Jugnot et David Roussel et écrit la pièce Les Chatouilles ou la Danse de la colère qu’elle présente au Festival Off d'Avignon où elle reçoit le prix d’interprétation féminine d’Avignon critique off. Elle raconte au travers des Chatouilles le traumatisme de son enfance au cours de laquelle elle a été victime de violences sexuelles de la part d'un ami de ses parents.

En 2015, elle se consacre à l’écriture du scénario des Chatouilles en vue d’une adaptation cinématographique.

En 2015 et 2016, elle interprète Les Chatouilles ou la Danse de la colère, mise en scène par Éric Métayer, durant plusieurs mois au Petit Montparnasse, pièce pour laquelle elle reçoit le molière seule en scène en 2016. Quelques représentations exceptionnelles ont lieu à guichet fermé pour deux soirs au théâtre du Châtelet, ainsi qu’à la salle Pleyel. Pour Les Chatouilles, Andréa Bescond reçoit également le « prix nouveau talent théâtre SACD » et le « prix jeune talent théâtre de l’Académie française ».