Adolescentes , et Petite Fille, de Sébastien Lifshitz

Adolescentes , film documentaire français de Sébastien Lifshitz, sorti en 2019

 


Le film suit pendant cinq ans la vie d'Emma et Anaïs, deux adolescentes vivant à Brive, du collège à l'immédiat après-baccalauréat.

Emma est issue d’un milieu bourgeois cultivé et Anaïs d’un milieu plus populaire. Dans la même classe au collège, elles sont amies malgré leurs différences. Puis différentes orientations vont les séparer en arrivant au lycée.

« Ce tournage a duré plusieurs années, a expliqué Sébastien Lifshitz. C’est un bout de ma vie, une aventure humaine. »
Le film est une merveille de justesse et de sensibilité par un des plus grands documentaristes contemporains , a souligné Gilles Jacob

Sans bavardage, il saisit l’intensité des moments les plus familiers. La conscience que tout est décisif et que rien n’est simple guide son documentaire. Avec Anaïs et Emma, il n’a d’ailleurs pas choisi la facilité. La première, au départ en surpoids, se révélera plutôt bien dans sa peau. La seconde, parfaitement jolie, apparaîtra finalement mal dans son corps. Mauvaise élève aux mauvaises manières, Anaïs va s’accrocher à des études qui lui plaisent et lui permettent de s’accomplir. Emma, plutôt du genre première de la classe, va se découvrir des envies de chanter et de faire du cinéma, jusqu’à chambouler son parcours qui semblait sur des rails. Jusqu’à en être désorientée.

Les obstacles sont partout, assez facilement identifiables dans le milieu défavorisé d’Anaïs, et plus sournois dans le monde protégé et petit-bourgeois d’Emma. Leur amitié échappe au déterminisme social, mais leurs vies sont prises dans le carcan des clans, dans les crispations d’une France où les affrontements deviennent plus frontaux. La dureté de ces années de formation, qui semble aiguisée par l’air du temps, est habilement rassemblée dans des scènes de duels à fleur de peau opposant chacune des deux jeunes filles à sa mère. Celle d’Anaïs se débat avec des problèmes d’obésité, elle est faible, absente ou tendre, submergée par les émotions. Celle d’Emma gère l’éducation de celle-ci en technocrate. Pas assez de rigueur d’un côté, beaucoup trop de l’autre, c’est le traitement de choc. La vie des adolescentes.

Distribution

  • Anaïs : elle-même
  • Emma : elle-même

Fiche technique

  • Réalisation et scénario : Sébastien Lifshitz
  • Musique : Tindersticks
  • Montage : Tina Baz
  • Photographie : Paul Guilhaume et Antoine Parouty
  • Production : Muriel Meynard
  • Société de production : Agat Films & Cie, en coproduction avec Arte France Cinéma et Chaocorp
  • Durée : 115 minutes
  • Dates de sortie : 9 août 2019 (festival de Locarno)
    • France : 9 septembre 2020

Sébastien Lifshitz est né le 22 janvier 1968 à Paris. Il est notamment l'auteur de documentaires mais il a également réalisé des fictions.

Après des études d'histoire de l'art à l'École du Louvre et à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Sébastien Lifshitz travaille dès 1990 dans le milieu de l’art contemporain que ce soit comme assistant auprès du conservateur Bernard Blistène au Centre Georges-Pompidou ou de la photographe plasticienne Suzanne Lafont. En 1994, il se tourne vers le cinéma et réalise son premier court métrage, Il faut que je l’aime.

Suivront, en 1995, un documentaire sur la réalisatrice Claire Denis et, en 1998, le moyen métrage Les Corps ouverts. Salué dans de nombreux festivals internationaux dont Cannes et Clermont-Ferrand, Les Corps ouverts obtient le prix Jean-Vigo et le prix Kodak du meilleur court métrage. En 1999, il réalise pour Arte un téléfilm, Les Terres froides pour la série Gauche-Droite, sélectionné à la Mostra de Venise.
En 2000, il réalise son premier long métrage, Presque rien, puis, en 2001, La Traversée, road-movie documentaire sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs. En 2004, il se lance dans la réalisation de Wild Side. Le film est sélectionné dans de nombreux festivals internationaux, et remporte, entre autres récompenses, le Teddy Award du meilleur film au festival de Berlin.

En 2008, il entreprend le tournage de Plein sud, qui est présenté au festival de Berlin en 2010. Puis, en 2012, il réalise le documentaire Les Invisibles, présenté en sélection officielle (hors compétition) au festival de Cannes. Le film obtient le César du meilleur film documentaire en 2013. Sébastien Lifshitz enchaîne avec le documentaire Bambi qui est présenté au dernier festival de Berlin où il remporte le Teddy Award du meilleur documentaire. Le film est simultanément diffusé sur Canal + et sur les écrans de cinéma en juin 2013. En 2019, le Centre Pompidou organise une rétrospective des films de Sébastien Lifshitz, accompagnée d’une exposition de photographies vernaculaires L’Inventaire infini.

En 2020, Lifshitz sort le documentaire Adolescentes, tourné sur une durée de plus de 5 ans. Sélectionné au Festival international du film de Locarno 2019, le film y reçoit le prix de la Semaine de la critique. Il reçoit le Prix Louis-Delluc 2020. Il tourne en parallèle Petite Fille, un documentaire pour la chaîne Arte sur la dysphorie de genre, en suivant pendant une année une petite fille de 7 ans, assignée garçon à la naissance. Le film est d'abord présenté à la Berlinale 2020.

Filmographie (sélection)

  • 1994 : Il faut que je l'aime (court métrage) – scénario et réalisation
  • 1996 : Claire Denis la vagabonde (documentaire sur Claire Denis)
  • 1997 : Les Corps ouverts (moyen métrage) – scénario, réalisation et acteur
  • 2000 : Presque rien – scénario et réalisation
  • 2001 : La Traversée (documentaire)
  • 2004 : Wild Side – scénario et réalisation
  • 2009 : Plein sud – scénario et réalisation
  • 2012 : Les Invisibles (documentaire)
  • 2013 : Bambi (documentaire)
  • 2016 : Les Vies de Thérèse (documentaire)
  • 2019 : Adolescentes (documentaire)
  • 2020 : Petite Fille (documentaire)

Petite Fille , film documentaire français de Sébastien Lifshitz, sorti en 2020


Dans l'intimité de sa chambre où parvient faiblement le brouhaha de la maison, Sasha enfile une robe à paillettes, se coiffe d'un bandeau, expérimente à travers ces menus attributs ce que c'est qu'être fille, elle qui vit depuis sept ans dans un corps de garçon.

Pendant un an, Sébastien Lifshitz suit le quotidien de Sasha, une jeune enfant transgenre scolarisée en CE1, et la lutte de sa famille pour que son école reconnaisse son identité de genre.

Sébastien Lifshitz filme avec une infinie délicatesse, nous associe au combat de Sasha pour se faire accepter telle qu'elle se sait être. « Je suis une fille » , clame-t-elle avec autant de conviction que sa voix est fluette. Ses parents, sa grande sur et ses frères la soutiennent autant qu'ils la protègent. Que l'école lui refuse d'être considérée comme telle, que le conservatoire l'assigne au rôle de danseur sous peine d'exclusion, Karine, sa mère, se dresse illico, toujours prête à défendre son enfant contre ceux que dérange le besoin d'être soi.

Au-delà même de Sasha, Petite Fille est ainsi un bouleversant portrait de famille, dans laquelle Karine a tout d'une héroïne en lutte contre les préjugés. Mais aussi un documentaire familial beau comme un conte de Noël, avec sa maison au jardin enneigé et son monde extérieur encombré de périls. C'est dire combien petits et grands devraient apprécier ce film d'une grande élégance et débordant d'amour.


Fiche technique

  • Réalisation et scénario : Sébastien Lifshitz
  • Photographie : Paul Guilhaume
  • Montage : Pauline Gaillard
  • Production : Muriel Meynard
  • Société de production : AGAT Films & Cie
  • Durée : 83 minutes
  • Dates de sortie : 22 février 2020 (Berlinale)
    • France :2 décembre 2020 (première télévisée sur Arte)
  • Prix Louis-Delluc 2020